RE2025 : une construction plus exigeante
Une étape de renforcement sur le seuil carbone de la RE2020 est entrée en vigueur le 1er janvier 2025. Communément appelée “RE2025” ou “RE2020 seuil 2025”, il ne s’agit pas en réalité d’un nouveau code réglementaire, mais d’une application intensifiée de la réglementation environnementale existante (RE2020) pour les constructions neuves. Cette version plus exigeante fixe des objectifs carbone plus stricts, notamment sur les normes de construction, et s’applique aux permis de construire déposés depuis le 1er janvier 2025.

- Rappel objectifs de la RE2020
- Quelles évolutions (jalon 2025) ?
- Abaissement du seuil carbone
- RE2025 en questions
- Futures exigences : jalons 2028 & 2031
- Conclusion
Rappel objectifs de la RE2020
La réglementation environnementale 2020 (RE2020) a été instaurée en janvier 2022, succédant à la réglementation thermique 2012 (RT2012). Elle décline dans ses textes 3 grands objectifs qui sont les suivants :
- Priorité à la sobriété énergétique ("Energie") : cette nouvelle norme demande une vraie réflexion sur la conception du bâtiment afin qu’il soit le plus sobre en énergie possible sur toute sa durée de vie. L’exigence sur ce point est relevée d’environ 30% par rapport à la RT2012.
- Diminuer l’impact carbone du bâtiment ("Carbone") : la RE2020 considère aussi le coût carbone de la maison notamment lors de la phase de construction. En effet, pour une maison très performante, cette empreinte carbone peut être 10 fois supérieure à celle des consommations du logement.
- Garantir le confort d’été ("Confort d'été") : dans un contexte de changement climatique, l’accent est mis sur le confort d’été. Le logement doit pouvoir garantir des températures agréables tout en utilisant le moins d’énergie possible.
Chacun de ces 3 objectifs se décline en 6 indicateurs chiffrés qui font partie intégrante de la méthode de calcul et qui répondent à des exigences minimales :

Source : Guide RE2020 - Eco-construire pour le confort de tous - 09/05/2025
Quelles évolutions (jalon 2025) ?
Prévus dès l’origine de la RE2020, trois jalons temporels successifs ont été définis pour renforcer progressivement les exigences environnementales et énergétiques. Le premier jalon est entré en vigueur le 1er janvier 2025, le second est fixé au 1er janvier 2028 et le troisième au 1er janvier 2031. La philosophie de la “RE2025”, vise principalement la décarbonation des matériaux et des systèmes de construction, en complément de l'objectif initial de la RE2020, à savoir la performance énergétique. Cette première étape de renforcement de la réglementation environnementale existante se traduit essentiellement par l'abaissement du seuil carbone (indicateur construction ou Ic construction) applicable depuis janvier 2025.
Afin de prendre en compte les retours d’expériences des premières années d’application de la réglementation RE2020, un décret dit “RETEX RE2020” (n°2024-1258), publié en décembre 2024 et entré en vigueur le 1er janvier 2025, est venu modifier certains dispositifs réglementaires. Globalement, la filière de la construction s'est plutôt bien appropriée la réglementation environnementale 2020, les objectifs fixés pour la période 2022-2025 ayant été atteints. Néanmoins, quelques difficultés ont été relevées, notamment en matière d'analyse du cycle de vie (ACV), de clarification des rôles et responsabilités des différents acteurs, ainsi que des incohérences entre le seuil carbone 2025 et certaines typologies de bâtiment. En particulier, les maisons individuelles de grande surface (supérieure à 100m²) et celles soumises aux contraintes climatiques locales (zones h2d et h3) qui rencontrent davantage de difficultés à atteindre des valeurs d'impact carbone faibles, en raison de leurs besoins bioclimatiques et de leurs consommations d'énergie primaires (notamment liées au confort d'été). En ce sens, quelques modulations et assouplissements adaptés à la réalité climatique ont été mis en oeuvre.
Un autre assouplissement a permis l’évolution du seuil carbone à 200 kgCO2 éq/m², contre 160kgCO₂eq/m² auparavant, seulement pour les maisons raccordées à un réseau de chaleur urbain sur la période 2025-2027 pour l'indicateur énergie (Ic énergie). En parallèle, ce même seuil a été renforcé pour l’habitat collectif, dont l’objectif à terme est d’appliquer la même obligation que celle pour le logement individuel, c’est-à-dire de ne plus utiliser une énergie fossile comme seule source de chauffage.
Egalement, la modulation "Mipv" permet, pour une maison individuelle, de prendre en compte l'installation de panneaux photovoltaïques sur le toit dans le calcul de l'empreinte carbone de la construction, facilitant ainsi la conformité aux seuils RE2025, même si le PV pas encore obligatoire. Sur le cycle de vie, les panneaux PV produisent de l'électricité renouvelable, ce qui réduit l'indicateur énergie, tandis que leur impact carbone lié à la fabrication et à l'installation est intégré dans le calcul de l'indicateur construction. Avant "Mipv", l'ajout de panneaux PV pouvait pénaliser et compliquer la conformité RE2025. Grâce à l'assouplissement, l'empreinte carbone des panneaux est modulée de manière à ce que la maison reste conforme, tout en bénéficiant de la réduction de l'indicateur énergie grâce à la production d'énergie renouvelable.
Bon à savoir ! A compter du 1er janvier 2026, la méthode de calcul du diagnostic de performance environnementale (DPE) et de l'audit énergétique évolue. Le coefficient de conversion de l'électricité passe de 2,3 à 1,9 afin de mieux refléter le mix énergétique français peu carboné. Ce coefficient de conversion de l’électricité s’inscrit dans le cadre réglementaire du DPE, mais pas pour celui de la RE2020-2025. Ainsi, le coefficient de l'énergie primaire en énergie finale électricité de la RE2020-2025 demeure à 2,3 et sert à calculer le Cep et le Cep,nr. De ce fait, un logement neuf peut avoir un bon DPE, grâce au coefficient de conversion de l’électricité à 1,9, mais un Cep plus élevé en “RE2025” à la conception. Ce n’est pas une incohérence, mais un changement de référentiel.
La consultation de diverses données relatives aux exigences de la RE2020, ainsi que sur les systèmes de ventilation installés dans les bâtiments résidentiels neufs RE2020, est possible via deux observatoires :
Abaissement du seuil carbone (indicateur construction ou Ic construction)
Le seuil carbone se décline en deux indicateurs : indicateur énergie et indicateur construction.
L’indicateur énergie (Ic énergie) demeure inchangé pour les maisons individuelles, car il était déjà relativement bas en 2022. L’objectif est la fin du recours aux énergies fossiles comme unique énergie de chauffage (gaz naturel, fioul par exemple). Sur le plan énergétique donc, un projet conforme en 2022 l’est toujours en 2025. La “RE2025” change seulement la manière de construire l’ensemble des bâtiments.
Concrètement, nous l'avons vu, le changement réglementaire majeur concerne l’indicateur construction (Ic construction). Les seuils d’émissions de gaz à effet de serre liées aux matériaux et à la construction sont abaissés, passant pour la maison individuelle d’environ 640 à 530 kgCO₂eq/m² (cf. tableau) au jalon 2025 de la RE2020. Cet abaissement vient contraindre les procédures et les conceptions, cela passe notamment par la structure, les façades, les planchers ou encore les fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) et le profil environnemental produit (PEP). Même si la méthode ne change pas, les arbitrages deviennent plus exigeants. La “RE2025” incite fortement à l’utilisation de matériaux biosourcés, plus écologiques et moins carbonés que les matériaux de construction classiques. Ainsi le chanvre, la paille ou encore le bois sont valorisés. De plus, les solutions telles que le béton bas carbone, les structures mixtes béton/bois ou le bois sont privilégiées par rapport au béton standard, qui laisse moins de marge de manœuvre et induit des optimisations (quantité, lot technique, finitions). Le choix des produits de construction constitue dorénavant un critère déterminant et le recours aux FDES et PEP devient essentiel pour calculer les émissions de CO2 en analyse cycle de vie (ou “budget carbone” d’une construction).
Nouveaux seuils 2025 pour le logement individuel
| Indicateurs (kgCO₂eq/m²) | RE2020 | RE2025 | RE2028 | RE2031 |
| Ic Construction | ||||
| Ic Energie |
*160 kgCO₂eq/m² pour les maisons individuelles classiques, 200 kgCO₂eq/m² pour celles raccordées à un réseau de chaleur urbain.
Sur le long terme, la logique est de réduire drastiquement l’empreinte carbone de l’habitat et de bâtir des constructions neutres, voire à énergie positive. Pour ce faire, les arbitrages de conception doivent se faire dès le départ du projet. Si on prend l’exemple de la structure, qui est le poste le plus émetteur dans une construction, les quantités de matière doivent être réduites sérieusement pour ne pas dépasser le budget carbone. Une fois réalisée, il y a peu de rattrapages possibles. C’est pourquoi, à présent, il est largement préférable d’opter pour un matériau biosourcé ou bas carbone. Le moindre choix de matériau est crucial et il y a moins de marges de compensation par la suite que ne le permettait la RE2020 jusqu’alors. Chaque kilogramme de CO2 importe.
RE2025 en questions
"Quel est le prix d'une étude RE2025 ?" Le prix d’une étude “RE2025” reste sensiblement le même que celui qui était pratiqué pour une étude “RE2020”, à savoir entre 800€ et 1000 €. Puisque les arbitrages de conception sont plus contraints, les bureaux d’étude peuvent passer plus de temps à optimiser la construction pour qu’elle respecte le nouvel indicateur carbone. Selon la surface, la complexité et les choix structurels de votre projet, le prix peut donc légèrement augmenter. A cette étude réglementaire, s’ajoutent les frais des tests complémentaires d’étanchéité et de ventilation. En bref, vous pouvez compter un total d’environ 1800-2000€.
“Qu'est-ce que je risque concrètement si la maison est terminée avec une ou deux non conformités à la RE2020 ? Amendes ? Obligation de mise en conformité ? Dans quels délais ?” Attention, ne pas respecter la RE2020 constitue une infraction. Le maître d’ouvrage s’expose à une sanction financière pouvant aller jusqu’à 45 000 €, ainsi qu’à une obligation de mise en conformité imposée par l’administration, avec éventuellement des astreintes si les corrections ne sont pas réalisées dans les délais. Le service urbanisme peut également refuser la validation de la déclaration d’achèvement des travaux (DAACT) si la construction ne respecte pas l’étude thermique ou les exigences réglementaires. L'assurance peut aussi refuser ou limiter l'indemnisation en cas de sinistre ayant un lien direct avec la non-conformité. C'est l'administration qui fixe le délai de mise en conformité, des contrôles peuvent être opérés jusqu'à 6 ans après la demande.
Quel niveau d’isolation faut-il viser en RE2025 ? La norme n’impose pas telle ou telle résistance thermique par poste, ce sont des indicateurs plus « globaux » qui comptent. Toutefois, les valeurs suivantes sont souvent rencontrées :
| RT 2012 | RE 2020-2025 | |
| R toiture en m².K/W | 9 | 9 à 11 |
| R mur en m².K/W | 4.5 | 5 à 6 |
| R sol (terre plein) | 3 | 4 à 5 |
| R sol (vide sanitaire) | 4 | 5.5 à 6.5 |
| U Baie vitrée en W/m².K | < 1.7 | < 1.3-1.4 |
| Etanchéité à l’air en m3/h.m² | < 0.6 | < 0.4 |
A noter que si votre projet ne « passe pas », cela ne sert probablement à rien d’isoler davantage, surtout si l'isolant utilisé est à fort impact carbone. En effet, les gains en performance seront très faibles car ce sont les premiers centimètres d’isolants qui fonctionnent le mieux. De plus, la RE 2025 impose un seuil carbone indicateur construction plus sévère. Un combo malus en somme.

Sur-isoler demande plus de ressources consommées pour pas grand-chose.
“Nous allons construire et voudrions nous contenter d'un insert à bûches + complément électrique. Est-ce possible en RE 2020 et dans quelle configuration ?” Un insert à bûches + un chauffage électrique est très difficilement accepté dans une nouvelle construction RE2020. Le chauffage électrique, même en appoint, est considéré comme trop énergivore, ainsi la RE2020 applique un facteur CO2 très élevé et elle explose les seuils du Cepnr. Cela vient plomber le score total du logement. Même si l'insert à bûches obtient un bon score sur la réduction des émissions carbone, cependant il n'est pas considéré comme "pilotable". La RE2020 considère qu'un logement doit pouvoir être chauffé sans dépendre de l'occupation humaine, or un insert à bois ne peut l'être. Les systèmes de chauffage pilotables sont les PAC, les réseaux de chaleur. Enfin, la RE2020 introduit la notion de "confort thermique" toutes saisons confondues, un insert + un appoint électrique ne permettent pas de rafraîchir un logement en été. Les PAC air/air ou air/eau sont à privilégier. Un appoint électrique peut être autorisé dans la salle de bain (sèche-serviettes) car la surface est faible et l'utilisation est ponctuelle. Quelques chauffages électriques sont permis dans une maison très performante au Bbio très bas, mais le chauffage principal doit rester un système pilotable comme une PAC. De même, dans le Sud de la France (zone H3), où les besoins en chauffage sont minimes, ils peuvent être tolérés (toujours avec une PAC en chauffage principal).
Futures exigences : jalons 2028 & 2031
Une intensification graduelle des attentes est prévue, avec deux nouveaux paliers réglementaires en 2028 (RE2028), puis en 2031 (RE2031). Pour les maisons individuelles classiques, l'indicateur énergie n'évoluerait pas et resterait inchangé. En revanche, il serait renforcé pour les maisons raccordées à un réseau de chaleur urbain. Les principales évolutions porteraient, à nouveau, sur l'indicateur construction (Ic construction) pour lequel des baisses successives de 10% seraient attendues à chaque échéance. A l'horizon 2031, le seuil carbone de l'indicateur construction atteindra probablement 415 kgCO₂eq/m, dans l'objectif d'aligner progressivement les constructions neuves avec les trajectoires nationales de neutralité carbone. Ce qui ne veut pas dire qu'en 2031, une maison neuve sera "neutre en carbone" mais elle s'en rapprochera petit à petit. On parle donc d'une division d'environ 1,5 du seuil carbone construction en 5 ans.
La filière semble être prête, en effet, certains constructeurs de maisons individuelles proposent déjà en option des projets éligibles à la RE2028. De plus, selon le rapport Rivaton, il est estimé qu'entre 15 000 et 25 000 logements collectifs seraient déjà conformes et répondraient aux exigences du jalon 2028. Dans tous les cas, un décret "RETEX 2" fera l'état des lieux de la période 2025-2028 et des ajustements éventuels.

En pratique, en 2031, les constructions massives seront remplacées par des conceptions frugales, avec moins de matières et mieux choisies, un recours plus soutenu aux matériaux biosourcés (bois, paille, liège, chanvre, etc.) et les surfaces surdimensionnées seront moins "tolérées". La RE2025 intègre l'eau dans le bilan énergétique et carbone d'une construction neuve et impose des seuils de consommation d'eau potable à ne pas dépasser, cependant elle ne mesure pas chaque m³ d'eau directement. L'eau est donc prise en compte mais indirectement et via les impacts énergie/construction. A titre d'exemple, un ballon d'eau chaude surdimensionné ou une plomberie lourde augmentent l'empreinte carbone d'une construction. De même, plus on multiple les salles d'eau, plus le bilan carbone s'accroît. On peut s'attendre à une limitation de plus en plus stricte au fur et à mesure des échéances 2028 et 2031.
Conclusion
Le bâtiment/BTP est le premier secteur le plus consommateur d’énergie, et selon l’ADEME, figure également parmi les secteurs les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES), avec environ 25% des émissions en France. Face à l’urgence climatique, les objectifs principaux en ligne de mire sont la décarbonation et la neutralité carbone à l’horizon 2050. Cela implique le développement d’un parc immobilier très bas carbone, voire neutre sur le long terme. Les réglementations environnementales deviennent donc de plus en plus exigeantes, demandant de véritables adaptations tant aux filières de construction qu’aux particuliers. La RE2025 s’inscrit dans une intensification réglementaire graduelle jusqu’en 2031. Ainsi, plus les efforts fournis dans vos projets de construction de maisons individuelles seront importants, plus vos logements respecteront les normes à venir et resteront performants sur le plan environnemental et énergétique pour de nombreuses années.
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